De Savinien Cyrano à Cyrano de Bergerac

Histoire singulière, d’un personnage à deux facettes.

Auteur d'une œuvre audacieuse et novatrice, qui l'inscrit dans le courant libertin de la première moitié du xviie siècle, Savinien Cyrano est surtout connu aujourd'hui du grand public pour avoir inspiré à Edmond Rostand sa « comédie héroïque » de Cyrano de Bergerac, qui, tout en reprenant des éléments de la biographie du poète, s’en écarte par de nombreux aspects.

Bernard CLERGEOT qui fut longtemps conservateur du Musée du Tabac à Bergerac, nous éclaire sur le sujet :

« Des « Cyrano » multiples hantent notre imaginaire : de l’écrivain du 17ème siècle, dramaturge philosophe et libertin au personnage d’Edmond Rostand qui fit le tour du monde en quête de Roxane, la bien-aimée inaccessible, il est plusieurs figures réelles et mythiques que le nom de Bergerac, comme un emblème, est venu cristalliser… »

 

La nécessaire opportunité d’un mythe !
… seul le hasard et la bravoure firent qu’en 1385, Ramond de la Rivière de la Martigne, se vit doté du fief « avec moulin de Mauvières en Saint-Forget »… en récompense de son action contre les Anglais pour la reprise de Bergerac par le Duc d’Anjou, frère de Charles V.

 

C’est en souvenir de ce fait d’armes que Ramond de la Rivière baptisa du nom de Bergerac les prairies à l’ouest de sa propriété de Mauvières, dans la vallée de Chevreuse.

 

Savinien de Cyrano, la personne de chair et de sang qui inspira Edmond Rostand, naquit à Paris en 1619. En 1622, Abel de Cyrano (le père de Savinien) quitte Paris avec sa famille et part s'installer sur ses terres de Mauvières et Bergerac, dans la vallée de Chevreuse, qui lui sont advenues en partage après la mort de sa mère, en 1616.

 

Ces fiefs, situés sur les bords de l'Yvette,  Savinien (I) de Cyrano (le Grand Père de Savinien) les avait achetés, quarante ans plus tôt.

le Château de Mauvières
l'Yvette à St Forget

Savinien resta ensuite quelques années au Collège de Presles-Beauvais à Paris, puis, à l’âge de 19 ans, s’engagea dans le régiment « des Gardes françaises » du Capitaine Cardon de Casteljaloux et majoritairement composé de Mousquetaires. C’est alors qu’il prit un nom qui résonne davantage « Gascon » et devint Cyrano de Bergerac.

Sa carrière militaire s’achèvera assez vite après le siège d’Arras où il s’illustrera ; il reprendra ses études, non sans continuer d’afficher, au travers de fréquents duels le caractère bretteur qu’on lui connaissait déjà.

« Ses écrits qui oscillent entre la curiosité intellectuelle et scientifique bien en accord avec les nouvelles théories matérialistes de son époque, et l’imagination la plus débridée, voire délirant, révèlent une liberté de ton trop rare et trop marginale pour être vraiment appréciée… De même son comportement paradoxal, contradictoire, sans concession et en même temps plein de fantaisies et de libertinages ne cesse de déconcerter même ses proches. » 

Il manie l’épée autant que la plume et c’est pourquoi Edmond Rostand en fera l’archétype du héros natif de Gascogne, condamné à poursuivre dans sa solitude insurmontable une chimère inaccessible, la Bien-aimée au pays d’Utopie, c’est-à-dire au pays de nulle part…

Savinien Cyrano meurt le 28 juillet 1655 à SANNOIS des suites d’une blessure à la tête a priori accidentelle.

La première représentation de la pièce de théâtre eut lieu à Paris en 1897 au théâtre de la Porte Saint Martin.